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Cheikh Ibra Fam — Adouna

ByJan Vranken

Jun 1, 2026

Cheikh Ibra Fam, ancien chanteur de l’Orchestra Baobab, natif de Mbour, aujourd’hui basé à La Réunion, revient avec ‘Adouna’, son deuxième album solo international, sorti en avril 2026 sur Cumbancha.

Disons-le clairement: Cheikh Ibra Fam chante bien. Très bien. Sa maîtrise du passage entre registres est instinctive, et sa voix de tête sur ‘Xam Xam’ a cette pureté qu’on n’obtient pas avec des cours en ligne. C’est une voix formée dans les khassidas, les chants religieux de la confrérie Baye Fall, que Fam décrit lui-même comme le fondement de son travail vocal. Les cuivres qui l’accompagnent portent clairement la marque de l’école Baobab: Fam a pris le saxophone ténor en hommage à Issa Sissokho, son mentor disparu, et cet héritage s’entend dans chaque phrase de cuivre de l’album. Impeccables.

Ce qu’Adouna dit de la musique sénégalaise d’aujourd’hui

L’album a été enregistré entre La Réunion, le Sénégal, la France et le Canada, avec des musiciens venus du Sénégal, de Gambie, du Rwanda et d’ailleurs. Kora, talking drum, mbalax, kizomba angolaise, zouk des Antilles: tout y passe. C’est de la musique hybride, et au Sénégal en 2026, l’hybridité n’est plus une curiosité, c’est la norme. La génération qui a grandi avec Afrobeats et TikTok ne voit pas de contradiction entre la kora de son grand-père et la caisse claire de Burna Boy.

‘Gnou Mbollo’ parle d’unité panafricaine, ‘Shabida’ trace les routes de migration de l’Afrique vers l’Occident, ‘Xam Xam’ célèbre le savoir transmis par les anciens. Les thèmes sont sérieux, les arrangements soignés, la voix irréprochable. Alors pourquoi reste-t-on légèrement sur sa faim?

La question qu’on peut poser

Au Sénégal, Cheikh Ibra Fam est surtout connu pour ses apparitions sur la scène hip-hop sous le nom de Freestyle, avant de rejoindre l’Orchestra Baobab, puis de s’installer à La Réunion. Depuis, ses albums sont salués à Paris, New York et Montréal. Le prix de l’Académie Charles Cros, les compilations Putumayo, le label Cumbancha: c’est un parcours calibré pour l’international. Ce n’est pas un reproche, c’est un constat. La musique de ‘Adouna’ est suffisamment enracinée pour être authentique, suffisamment lisse pour ne pas déranger. Et c’est peut-être la seule vraie limite de l’album: il ne prend aucun risque formel. Aucun moment où l’on sent que Fam a accepté de perdre une partie de son public pour en toucher une autre plus profondément.

Le mbalax pur fait danser Dakar. L’Afrobeats envahit les téléphones des jeunes. Fam, lui, vise l’entre-deux, et il l’occupe avec grâce. Mais on attend encore l’album qui choisit son camp.

Ce qui reste

La voix. Les cuivres. ‘Xam Xam’, qui est simplement un beau morceau, point. Et ‘Shabida’, qui dit quelque chose de vrai sur les jeunes qui partent, sans les plaindre, sans les juger. Pour ceux qui veulent une référence: écoutez ce que Youssou N’Dour faisait quand il cherchait à réconcilier Dakar et le monde. Fam est dans cette lignée, avec la prudence en plus et peut-être l’audace en moins. Pour l’instant.

(7/10) (Cumbancha)